Avant d’atteindre les Berkshires, la dernière étape mais aussi l’une des plus belles de notre roadtrip en Nouvelle Angleterre, nous décidons de quitter pour deux jours le Massachusetts pour nous diriger vers le minuscule état de Rhode Island. Ici se trouve Newport, connue principalement pour être régulièrement le lieu de départ des régates de  l’America’s Cup .

Depuis notre départ de Boston, nous étions immergés dans une ambiance intimiste, entre petites stations balnéaires, îles et villages de pêcheur. Newport , avec ses 25 000 habitants faisait figure de grande ville et affichait une opulence un peu plus ostentatoire, voire intimidante. Tout d’un coup, j’avais l’impression d’être la provinciale qui se retrouvait dans la capitale. newportMais si vous faites abstraction de cela, c’est vraiment une ville magnifique en terme d’architecture : un  joli centre historique et un classieux front de mer.  Avec le mauvais temps, je me rends compte que je n’ai pris aucune photo de celui ci…

Newport ressemble plus à une ville européenne qu’à une ville américaine, par certains endroits, on se serait même cru en Angleterre ! Rien que pour visiter la ville, je vous conseille d’y passer minimum une journée. Ajoutez une à deux journées de plus si vous voulez profiter de ses autres attractions.newport

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Les vestiges du Gilded Age

Justement, en parlant d’attractions, on visite aussi Newport pour ses Mansions (Manoirs) datant du Gilded Age, à ne pas confondre avec le Golden Age, là est toute la nuance…On traduit le Giled Age par l’âge de la dorure, en allusion à la décoration « m’as tu vu » de cette période. Pendant cette époque, qui a commencé en 1865 (soit la fin de la guerre de Sécession) et qui s’est achevée au début du 20ème siècle, les nouvelles dynasties fondées par les magnats de l’industrie et de la finance avaient fait de Newport un de leurs lieux de villégiatures préférés. Ils y avaient fait construire de somptueuses demeures pour y passer seulement quelques semaines en été. Ils venaient s’adonner au yachting et autres sports de plein air et surtout à la surenchère mondaine. Ce mode de vie a disparu au lendemain de la première Guerre mondiale avec l’instauration de l’impôt sur le revenu et la crise de 29.

De cette époque, il reste les somptueux manoirs. On en décompte neuf ouverts au public. La plupart des demeures a été construite pour un membre de la famille des Vanderbilt, l’une des dynasties les plus emblématiques du Gilded Age. Elles se situent un peu à l’écart du centre ville, sur la Bellevue Avenue. Il faut compter plus de 20 minutes de marche depuis le centre ville (vous pouvez aussi prendre un bus). Vous pouvez également rejoindre certains manoirs par le bord de mer, en prenant la Cliff Walk, d’où vous aurez une belle vue sur les falaises et l’océan.

Non, cette maison n’est qu’une « humble demeure », les vrais manoirs arrivent bientôt…

La visite de chaque manoir coûte de 14 à 25$, je vous recommande de prendre une formule. Vous avez des pass pour 5 ou 2 manoirs, bon, visiter 2 manoirs, c’est largement suffisant à mon sens. Vous pouvez les acheter en ligne sur le site de la Preservation Society Of Newport County ou sur place dans chacun des manoirs.

Rosecliff ou Who’s that Girl ?

Je voulais voir en priorité ce manoir car de tous, il semblait le moins écrasant et le plus « moderne ». Certaines scènes du film Gatsby le Magnifique (la version avec Robert Redford) ont été tournées ici, d’autres ont été également tournées à The Marble House, à quelques dizaines de mètres plus loin.

Sur les volontés de sa propriétaire, Theresa Fair Oelrichs (« Tessie »), une riche héritière américaine, amie des Vanderbilt, Rosecliff a été construit en 1898 sur le modèle du Grand Trianon de Versailles. C’est dire si cette époque était synonyme de folie des grandeurs pour ces milliardaires…

Lustres en cristal, imposante salle de bal, somptueux escalier, tous ces éléments constituaient un cadre parfait pour les mémorables réceptions de Tessie. Mais à l’instar des héros de Scott Fitzgerald, elle termina sa vie très seule. Au fur et à mesure que le monde qu’elle connaissait se désagrégeait, elle devint folle, errant dans le manoir, parlant à des invités imaginaires…

Tel le lieutenant McPherson dans le film « Laura » d’Otto Preminger, je suis tombée sous le charme des portraits de cette femme. J’ai pensé qu’elle pourrait être l’incarnation de la Daisy de F. Scott Fitzgerald… Je n’ai jamais su qui elle était, étant donné qu’il y avait des cordons qui empêchaient de s’approcher des tableaux. Tout ce que je sais, c’est que ce n’était ni Theresa Fair Oelrichs ni sa fille ou petite fille car elle n’avait eu qu’un garçon, qui lui même n’avait pas eu d’enfant.

THE Breakers ou la malédiction de la cuillère en argent

The Breakers est LE manoir que les guides conseillent de visiter pour avoir une idée de la richesse des Vanderbilt. Il fût construit par Cornelius Vanderbilt II, le petit fils de Cornelius Vanderbilt. Ce dernier,  né en 1794, était un homme d’affaires américain qui a fait fortune dans la construction maritime et les chemins de fer, ce qui lui valut le surnom de Commodore. A sa mort, sa fortune fût estimé à plus de 100 millions de dollars, je vous laisse deviner ce que cela représentait à l’époque…

Mais malheureusement ses héritiers semblaient plus doués pour dépenser de l’argent que pour en gagner. A cela il faut rajouter l’instauration de l’impôt sur le revenu,  la crise de 29, le fait que le transport ferroviaire devint concurrencé par d’autres modes de transports, la dispersion de la fortune entre les multiples héritiers, si bien que 70 ans après la mort du Commodore, il ne restait quasiment rien de sa fortune. De nos jours sur la centaine de descendants de la famille Vanderbilt,  un seul est millionnaire et la plupart travaille (les pauvres…).

Mais revenons au manoir. The Breakers comporte les équipements dernier cri pour l’époque et compte pas moins de 70 pièces, dont des salles de bal, d’été, d’hiver, une immense cuisine, un parc plongeant dans la mer…La décoration très chargée (beaucoup de dorure, de marbre, de velours rouge) témoigne bien des moeurs de cette époque :  si l’on était riche, il fallait VRAIMENT le montrer ! L’immense hall où les invités attendaient le maître des lieux, était volontairement impressionnant car il devait leur donner d’emblée une idée de sa fortune…

thebreakers

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Pour terminer cette visite, je vous laisse méditer sur cette phrase de l’un des héritiers du Commodore :

La richesse héritée constitue un vrai handicap pour le bonheur, elle ne vous laisse rien à espérer ni de raison de vous battre dans la vie »

William Vanderbilt

Bien dit Will, mais si l’argent ne fait pas ton bonheur, il faut me le donner ! Non, je plaisante je suis totalement d’accord, l’excès comme le manque d’argent ne fait pas le bonheur…

 

 

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