On ne va pas se mentir, j’avais très envie d’aller à Cuba pour des raisons pas des plus originales. Moi aussi je voulais voir des vieilles voitures américaines, des belles façades baroques et les merveilleuses couleurs de cette île des Caraïbes. Les superbes photos de Michael Eastman prises à La Havane et découvertes récemment via Pinterest, ont définitivement fini de me convaincre de transformer ce désir en réalité. Cette année,  j’ai pu exceptionnellement caser deux semaines de vacances en avril, qui est le dernier mois conseillé pour visiter Cuba avant l’arrivée de la saison des pluies, alors évidemment, je n’ai pas hésité longtemps…

guide cuba

guide cubaDès nos premiers pas à La Havane, ce fût tout de suite un étourdissant festival de couleurs et pendant la dizaine de jours qui a suivi, je ne savais plus où donner de la tête… Oui, Cuba est une île extrêmement photogénique, où l’on peut facilement rester sans rien faire d’autre que de suivre du regard le ballet des Pontiac et Chevrolet de toutes les couleurs et admirer les vestiges de palais Belle Epoque…

A dire vrai, je me suis parfois fait violence pour arrêter de prendre des photos pour ne pas ennuyer ma moitié. Sinon, on m’aurait retrouvée à l’aube encore en train de rêver devant tant de nostalgie, d’histoire enfouie et de beauté délaissée

Mais voilà, vous vous en doutez, Cuba, c’est bien plus que ça…

J’ai entendu et lu beaucoup de choses à propos des Cubains, du bien et du moins bien. J’ai lu par ci par là des problèmes de vol, d’arnaque, de Cubains intéressés pour faire la conversation pour au final se faire payer un verre, vous emmener dans restaurant pour toucher une commission etc… NB : en deux semaines, nous avons eu à tout casser 2 personnes nous abordant pour une conversation intéressée (il suffit juste de dire non) et aucun vol à déplorer. J’ai entendu aussi des touristes n’ayant pas du tout aimé le pays car ils se sont sentis pris pour des « vaches à lait » par les Cubains.

C’est drôle comme le ressenti peut être différent d’une personne à une autre, car pour moi justement, c’est en observant les cubains que je me suis au fil des jours attachée à leur pays.

Déjà, j’ai été fascinée par les visages des Cubains…A eux seuls ils suffisent à raconter l’histoire du pays tellement les degrés de métissages sont infinis. J’aurais adoré faire des portraits d’eux mais je suis trop timide pour demander leur autorisation et je ne sais pas pourquoi, je trouve ça très gênant de prendre quelqu’un en photo sans connaître un peu la personne. Photo ou pas, ce que je peux vous dire, c’est que j’ai trouvé une grande majorité de Cubains très beaux.

Et très dignes aussi…Ils tiennent à soigner leur apparence, et pourtant, quand on observe certains détails, on devine la dureté de leur quotidien… Même si les choses sont sensées évoluer, les conséquences de l’embargo restent encore bien ancrées. Il suffit d’entrer dans n’importe quel magasin pour le constater : les paquets de gâteaux et les savons sont présentés sous des vitrines comme le seraient des bijoux. Les étagères, avec leur succession du même flacon de lessive ou du même paquet de farine ressemblent malgré elles à la peinture « Campbell’s Soup Cans » d’ Andy Warhol…

A La Havane, je me souviens de ces familles qui faisaient des queues interminables pour pouvoir manger une glace, de ces sacs en plastique blanc tout fin qui séchaient sur les cordes à linge pour être réutilisés, des édifices en ruines, envahis par la végétation mais encore habités, des mamans avec leurs bébés faisant du stop sous un soleil de plomb…

Ici, on recycle tout. Et les voitures américaines ne sont pas là que pour les touristes, elles restent bien moins chères que les voitures européennes. Leurs conducteurs rivalisent d’ingéniosité pour les faire durer, on trouve par exemple des voitures essences reconverties au diesel et des pièces chinoises sur des moteurs américains…

La situation de Cuba est l’une des plus difficiles à étudier lorsqu’il s’agit de quantifier la pauvreté.

En effet, ce pays a des indices démographiques similaires aux pays développés : une faible mortalité infantile, un taux d’alphabétisation de 96% et même une espérance de vie identique à celle des Etats Unis ! Le modèle social est basé sur des services sociaux et de santé gratuits et tous les Cubains bénéficient d’un carnet de rationnement. Certes, l’extrême pauvreté n’est pas présente à Cuba, mais une fois dépassés les besoins alimentaires de base, les Cubains doivent donc lutter pour tout. Sans compter que malgré l’excellente éducation dont ils bénéficient, les jeunes ne trouvent pas de travail et de nombreux ingénieurs, professeurs et architectes se tournent vers le tourisme pour mieux gagner leur vie. Le salaire moyen est de 25$ par mois… Un guide cubain a trouvé une phrase pour décrire cette situation peu stimulante : « on fait semblant de travailler et ils font semblant de nous payer ». Et l’écart entre ceux qui arrivent à vivre du tourisme et les autres ne cesse de se creuser…

C’est sans doute le pays le plus curieux en termes de repères que j’ai eu l’occasion de visiter.

Nous avons pu avoir des conversations très intéressantes en Anglais et en Français avec les propriétaires de nos casas. J’ai vraiment regretté de ne pas parler Espagnol pour échanger avec d’autres Cubains et leur demander ce qu’ils attendaient en priorité de la fin de l’embargo et s’ils n’y voyaient que des points positifs. 

Je ne suis pas une accro du téléphone, de toute façon, je n’ai même pas internet sur le mien donc il est facile pour moi de déconnecter en voyage. Mais pour ceux qui ont du mal à (se) déconnecter, sachez que Cuba reste l’une des dernières destinations au monde où l’accès à internet est très compliqué. Les choses vont bien sûr s’améliorer mais à ce jour, pour se connecter, il faut être motivé.

Vous devez d’abord vous procurer une carte Wifi dans les boutiques d’Etecsa ou chez les revendeurs officiels (ou non officiels…). Vous devez ensuite trouver un point connecté à la Wifi (un grand hôtel ou un parc) repérable par le nombre de personnes rivées sur leur portable. Et même arrivé à ce stade , ce n’est même pas gagné… La qualité de la connexion reste incertaine selon les jours : internet peut être correct un jour, et hyper lent le lendemain.

Mais vous savez quoi ? Pourquoi ne pas profiter de vos vacances en vous déconnectant totalement ? D’autant plus qu’il n’y a quasiment pas de panneaux publicitaires à Cuba. Ca fait un bien fou de ne pas être sollicité en permanence par des marques…

Profitez des beaux paysages qu’offre Cuba, de ses magnifiques îles et plages et enfin de la richesse de ses villes coloniales. Je vous donne ci après notre itinéraire et consacrerai un article pour chaque étape.
guide cuba

guide cuba
Itinéraire pour deux semaines à cuba

Je croyais au départ pouvoir faire facilement le tour de l’île car elle est relativement petite (environ 1 250 km en longueur). Mais les routes sont parfois en très mauvais état. Pour des trajets d’à peine 200km, vous mettrez 5 heures en bus. Comme nous ne voulions pas passer une journée sur deux en transports, nous nous sommes donc limités à l’ouest de Cuba et avons fait un parcours on ne peut plus classique : La Havane (3 jours), Vinales (3 jours), Cienfuegos (2 jours), Trinidad (3 jours).

Monnaie, coût de la vie :

On peut réellement parler de double économie avec le CUC, indexé sur le dollar (1 cuc = 1 dollar soit environ 1 euro) utilisé par les touristes et le CUP (1 cuc = 25 cup) utilisé par les Cubains. Parfois la monnaie n’est pas précisée mais si vous voyez dans un boui boui une pizza à 18 pesos, il s’agit évidemment de la monnaie locale, soit moins d’un euro la pizza. Cela vous donne une idée du très faible niveau de vie ici…

Curieusement, Cuba n’est pas une destination chère mais ni bon marché. Je m’explique : autant les budgets pour la nourriture et l’hébergement sont modulables selon le standing de l’établissement que vous fréquentez, autant j’ai trouvé le budget transport relativement élevé. Disons que les sites éloignés du centre ville (cascades, plages, parcs…) ne sont pas desservis par des bus, vous devez prendre régulièrement le taxi, et là impossible de négocier ou si peu.

Transports

Nous aurions préféré louer une voiture pour plus de liberté mais l’état des routes, la longueur des trajets et la difficulté de se garer dans certaines villes nous en a dissuadé. Mais l’île est bien desservie par les transports en commun. Vous avez le choix entre les bus de la compagnie pour touristes Viazul et les taxi collectifs (colectivos).

Nous avons testé les deux. Les bus Viazul sont des vieux bus chinois rafistolés mais le confort est correct, ils partent à l’heure et arrivent à l’heure la plupart du temps. En revanche, j’étais surprise de leur faible fréquence, par exemple sur un trajet aussi classique que Trinidad – La Havane (6h-7h de trajet) , vous n’avez que 2 bus par jour. Et ils sont vite complets, ne tardez donc pas à les acheter à la gare routière dès que vous arrivez à Trinidad ou La Havane (la réservation en ligne marche moyennement). Les colectivos peuvent être intéressants si les bus sont complets ou pour des trajets courts. Mais vous ne prendrez connaissance de votre véhicule qu’au moment de partir. A moins de passer par une agence de voyage et d’y mettre le prix, ce sont des  voitures américaines vraiment pourries dans lesquels on se retrouve entassés (il n’est pas rare de se retrouver à 8 dans une voiture). Quant au coût, je vous donne quelques exemples : Trajet La Havane-Trinidad : 30 CUC avec Viazul, 27 CUC en colectivos, La Havane-Vinales : 12 CUC en bus, 15 CUC en colectivos. La différence n’est pas énorme. Ce qu’il faut regarder c’est où est la gare routière, par exemple à la Havane, elle est excentrée donc il faut prendre un taxi pour y arriver, alors que le colectivos vient vous prendre à votre casa particular.

Hébergement

Hormis si vous avez pris un « all inclusive », loger dans un hôtel ne sera ni la formule la plus économique ni la plus charmante. Je vous conseille plus de loger chez l’habitant (Casa particular). Vous trouverez des chambres soit sur le site www.mycasaparticular.com, sur AirBnB, ou en faisant une recherche sur TripAdvisor pour avoir le nom de ceux qui sont biens notés et les rechercher sur Google ensuite (certains ont leur propre site et ne passent pas par une plate forme). Il vous en coûtera entre 20 CUC la chambre sans petit déjeuner dans des petites villes à 50 CUC pour des villes plus touristiques comme La Havane ou Trinidad ou si vous voulez un peu plus de charme ou confort. C’est à La Havane où j’ai trouvé le rapport qualité prix le plus décevant et à Trinidad où nous avons trouvé le plus de choix en matière de logement de charme. Si vous n’avez pas réservé avant le départ, pas d’inquiétude, en descendant de l’avion ou du bus, des personnes vous proposeront des chambres à louer.

Lavomatique (mon amour)

Nous avons croisé qu’un seul lavomatique  à Cuba. Bon sans vraiment chercher puisque toutes les casas assurent ce service moyennant 3-4 cuc par lessive, donc j’ai pu voyager avec un sac à dos de 5,5 kg, mon record absolu !

La gastronomie cubaine 

Comme tout pays tropical qui se respecte, vous trouverez à Cuba les mêmes fruits et légumes exotiques que l’on trouve en Asie du Sud Est ou le Mexique : ananas, mangue, goyave, mamey (ou sapote), banane figue (petite banane de moins de 10cm, très sucrée), canne à sucre... L’une des choses que j’ai adorée à Cuba, ce sont les jus de fruits frais (jugos naturales) que l’on vous sert au petit déjeuner et dans les restaurants pour 1 à 2 CUC.

Testez en particulier le jus de goyave au goût si délicat…

Vous trouverez également la banane plantain dans tous ses états, enfin frite surtout. En chips, avec de la coriandre, une pointe de sel et un trait de citron vert, elle est délicieuse pour l’apéro !

Alors justement en parlant d’apéro, évidemment, vous trouverez dans tous les bars et restaurants une longue carte de cocktails où l’on retrouve les classiques que sont le Mojito, la Pina Colada, le Ron Collins, le Cuba Libre etc…Moi qui n’étais pas une fan des cocktails, je peux vous dire que j’ai vraiment changé d’avis. Il faut reconnaître qu’ici, tous les ingrédients sont hyper frais : le jus d’ananas, la crème de coco, le citron vert, la menthe qui pousse à tout va…Sans compter ce fameux rhum cubain.

Néanmoins, les cocktails sont des boissons de touristes, les Cubains préféreront boire le rhum pur (parce que ça coûte moins cher…).

guide cuba

Concernant les plats de résistance, je savais avant de partir qu’il ne fallait pas que je m’attende à une cuisine variée ou sophistiquée. Il est vrai que vous allez manger souvent de la viande grillée (porc et poulet principalement) avec du riz, des haricots noirs, du manioc et des légumes de saison (tomate, concombre, avocat…). Le boeuf est une viande que vous trouverez rarement car elle est rationnée.

Mais il y a un plat que j’ai vraiment trouvé délicieux à Cuba et que l’on trouve dans quasiment dans tous les restaurants, c’est la Ropa Vieja. C’est un ragoût de viande de porc ou d’agneau, cuisiné avec des oignons, tomates, parfois des olives et longuement mijoté pour que la viande s’effiloche. 

Faut il continuer à manger de la Langouste ?

Parmi les clichés les plus connus de Cuba, on trouve celui qui consiste à manger de la langouste à moindre coût. C’est vrai que pour 10 CUC c’est tentant. Sauf que j’ai appris sur place par notre logeur à Trinidad que sa pêche et sa vente n’étaient autorisées qu’en circuit officiel et les Cubains eux même n’ont pas droit d’en manger. La population de langoustes est en effet en déclin sur les récifs. Pour satisfaire la demande touristique, s’est donc développé un marché noir et il est fort probable que celle que l’on vous servira ait été congelée. Alors si vous mangez de la langouste, faites le en votre âme et conscience…

Vivement conseillé : MANGER DANS un « paladar »

En revanche, je ne saurais que vous conseiller de manger au moins une fois dans un Paladar. Ce terme est employé exclusivement à Cuba pour désigner les restaurants tenus par une famille dans sa propre maison. Il y a encore peu de temps, les Paladares étaient très modestes. Mais le gouvernement cubain a modifié la loi en 2010 en permettant d’accroître le nombre de couverts et a même autorisé les propriétaires  à embaucher des employés. De ce fait, de très nombreux Paladeres ressemblent désormais à des vrais restaurants mais avec le charme en plus (vous verrez peut être des anciennes chambres par exemple à côté de la salle à manger !). Certains sont situés dans des anciens palais ou demeures coloniales et sont devenus des restaurants haut de gamme, vous en trouverez très facilement à Trinidad et à La Havane. Je vous donnerai des adresses dans de prochains articles. Pour une trentaine de CUC (un luxe à Cuba), vous aurez le privilège de manger dans un cadre exceptionnel…


Que rapporter DE CUBA ?

A moins que je n’ai pas bien cherché mais je n’ai pas trouvé une activité artisanale très développée. Partout dans le pays, vous trouverez des chapeaux de paille, des maracas, quelques ustensiles de cuisines et jouets en bois et toutes sortes d’articles grossiers tournant autour de Che Guevara et de Fidel Castro (casquette, décapsuleur, verre…). C’est à Trinidad que j’ai trouvé des objets d’artisanat un peu plus raffinés et authentiques. Eloignez vous de la Plaza Mayor et vous tomberez sur des petites boutiques de mamies vendant des nappes brodées et des chapeaux de paille plus travaillés, différents du fameux modèle panama.

Vous pouvez aussi ramener les fameux cigares cubains et bien sûr du rhum, que vous trouverez absolument partout, quand je dis partout, c’est vraiment PARTOUT, même là où vous ne pensiez pas qu’il y ait âme qui vive…

Sur les rythmes afro-cubains…

Si cela peut vous décomplexer, sachez que dès touts petits, les cubains apprennent à danser. Leur sens du rythme leur permet de dépasser largement le cadre de la salsa (un peu ringarde) et les jeunes cubains dansent plutôt sur du rap, hip hop et reggaeton, mâtinés d’accents cubains.  Si vous voulez vous mêler aux Cubains pour danser, je ne vous conseille pas forcément d’aller dans les endroits pour touristes comme les Casa de La Musica. Eloignez vous des centres historiques, allez dans la ville nouvelle sur les places publiques ou les squares. En revanche, ça démarre parfois tard, à 23h…Après une journée intense de vadrouille, pas facile de rester dans le rythme. Ok, c’est la méga excuse que je me suis trouvée pour ne pas mettre en application mes maigres connaissances de salsa !

guide cuba

Je dirais que plus que toute autre destination, Cuba mérite que l’on aille au delà des clichés tant son histoire est complexe. Quant à son avenir, il est aussi prometteur que fragile, je pense en particulier à la question de l’environnement mais aussi aux inégalités sociales. Ce premier voyage m’a donné envie de lire pour en savoir plus sur ce pays et d’y revenir dès que possible. Je serais aussi curieuse de connaître vos impressions si vous y êtes allés !

Vous aimerez peut être